Alain DI CRESCENZO, Président de la CCI de Toulouse

« Autour du patient, qui est véritablement au cœur du dispositif, est proposé tout un environnement technologique et innovant composé notamment de laboratoires privés et publics, de grands groupes et de jeunes start-ups »

La région Midi-Pyrénées se distingue grâce à son tissu industriel porteur d’innovations et d’emplois. Comment la CCI de Toulouse œuvre-t-elle pour consolider cette spécificité industrielle de la région ?
L’enjeu industriel est un enjeu de taille quand on sait que l’industrie porte 85% de la R&D du pays, 80% des exportations et une part significative de l’emploi, entre l’industrie elle-même et les services à l’industrie. Il s’agit donc d’un enjeu global synonyme de survie de notre économie dans un monde global. Cela est encore plus vrai en Midi-Pyrénées, où l’industrie est une composante majeure et motrice du tissu économique, avec une forte dynamique de croissance du secteur (+6,2% en Haute-Garonne en 2012), avec des filières locomotives à rayonnement international et avec près de 13 000 personnes embauchées en 2012 dans la région.
La CCI de Toulouse est donc engagée pour l’avenir du secteur.
Un rapport récent donne une vision prospective du potentiel industriel de Midi-Pyrénées et propose des pistes concrètes pour encourager la compétitivité du territoire sur le long terme. Au-delà d’un état des lieux précis, le rapport identifie dix « Domaines d’Activités Cibles » (DAC). Ces secteurs à fort potentiel, positionnés à la croisée des filières, pourraient se développer en rapprochant les atouts déjà existants de notre tissu économique des nouveaux besoins et marchés émergents.
La CCI de Toulouse va instruire plus précisément ces DAC afin de retenir les secteurs d’avenir les plus pertinents en concertation avec l’ensemble des acteurs locaux. Les DAC sélectionnés bénéficieront ensuite d’un programme d’accélération vers les marchés.
Les entreprises ont besoin de cette unité de regard et d’action sur une industrie de demain qu’il faut construire ensemble. A la clé : la conquête de nouveaux marchés prometteurs et donc la création durable de valeur et d’emploi sur le territoire.

La filière santé-biotechnologies-médical regroupe près de 320 entreprises en Midi-Pyrénées, soit près de 13 400 emplois. Comment l’Oncopole peut-il constituer un levier pour ces entreprises et contribuer ainsi au développement de cette filière sur notre territoire ?
Avec l’Oncopole et la future clinique universitaire du cancer, notre territoire se donne véritablement les moyens de développer un écosystème encore plus performant autour de la recherche contre le cancer.
Autour du patient, qui est véritablement au cœur du dispositif, est proposé tout un environnement technologique et innovant composé notamment de laboratoires privés et publics, de grands groupes et de jeunes start-ups. Cet environnement qui répond tout d’abord à un besoin de santé publique est aussi créateur de valeur et d’emplois pour le territoire capable de faire émerger de nouveaux champions sur l’axe « cancer ».
Au-delà du cancer, le secteur de la santé couvre un ensemble élargi de domaines de compétences : le médicament, la cosmétique, l’alimentation-santé, les dispositifs médicaux, les services et l’e-santé. Le territoire toulousain possède de nombreux atouts sur ces différents segments d’activité propices : des savoir-faire reconnus dans la recherche, un tissu hospitalo-universitaire dense, et un pôle de compétitivité Cancer-Bio-Santé.
De nombreuses dynamiques collectives et plateformes collaboratives animent cette filière autour de domaines d’activités dotés d’un important potentiel de développement pour le territoire.
Ce « jeu collectif » est très important, car il envoie un signal positif aux entrepreneurs qui se lancent et aux investisseurs étrangers susceptibles de venir chez nous. Ils ont l’assurance de pouvoir s’installer dans un écosystème structuré, c’est une garantie essentielle de développement pour eux.

Au-delà de l’enjeu de la diversification économique, vous estimez que la filière santé gagnerait à davantage être perçue comme complémentaire des filières de l’aéronautique,du spatial ou de l’agriculture ; pouvez-vous illustrer ce potentiel de synergies appliqué à l’Oncopole ?
En effet, les interactions de la filière « santé » avec d’autres filières matures du territoire doivent être approfondies, elles sont porteuses de synergies gagnantes.
Notre rapport stratégique met justement l’accent sur les « nœuds » entre les filières. Ces secteurs hybrides, à la croisée de filières déjà existantes, représentent un véritable potentiel de
développement, car ils répondent aux évolutions des besoins et des marchés.
Parmi les dix DAC que nous avons pré-identifiés, trois sont directement liés au secteur de la santé :
– La e-santé appliquée au maintien à domicile des personnes âgées, qui peut s’appuyer sur les secteurs des applications spatiales, des TIC et des systèmes embarqués, en essaimant les technologies issues de ces secteurs vers des applications grand public.
– Les nutraceutiques et aliments santé, liés à la filière agroalimentaire, en soutenant les projets collaboratifs entre entreprises et recherche pour construire la légitimité scientifique des produits.
– Et enfin, les dispositifs médicaux appliqués au cancer et à la cardiologie, en connectant les compétences recherches et les portefeuilles « produits » des entreprises toulousaines.
La « santé » est plus que jamais une filière d’avenir pour notre territoire.

Le territoire toulousain possède de nombreux atouts dans la recherche médicale et dispose d’un tissu hospitalo-universitaire dense ; pour vous, il existe cependant une grande marge de progression dans la diffusion des résultats de cette recherche auprès des entreprises de la région ?
La question du transfert technologique – de la recherche vers les entreprises et les produits – est une priorité pour la CCI de Toulouse car c’est bien là que réside la clé de la croissance et donc de la pérennité de l’activité locale.
Aujourd’hui, si notre territoire est très performant en recherche fondamentale, il doit à présent concentrer ses efforts sur la transformation en produits et services innovants, et donc à termes
en emplois. Dans ce contexte la SATT (Société d’accélération de transfert technologique) est un atout majeur pour notre territoire.
La connexion de la recherche et des entreprises avec les marchés doit être renforcée, à travers l’animation de communautés d’intérêts et de rencontres d’affaires. Pour ce faire, le transfert des capacités d’innovation présentes sur le territoire doit être accéléré vers les marchés de demain correspondant à des usages grand public.