Roland BUGAT, Directeur de l’Ecole des Savoirs et des Métiers en Cancérologie (Oncorésonance)

« Former ensemble pour travailler ensemble est une piste pour fédérer les différents acteurs. En participant à la diffusion des savoirs et à la qualification des personnels, la mission d’enseigner et de former contribue au développement économique régional et à la notoriété de l’Oncopole ».

Antérieurement Directeur du Département Enseignement, Formation, Education à l’INCa, actuellement Directeur de l’Ecole des Savoirs et des Métiers en Cancérologie (Oncorésonance), avez-vous toujours considéré la formation comme un enjeu essentiel dans la lutte contre le cancer ?

Dispenser un savoir de qualité auprès des multiples intervenants de la lutte contre le cancer constitue un volet essentiel des Plans Cancer successifs. S’engager durablement en faveur de l’égalité d’accès à des actions de prévention, de soins, de réinsertion ou d’accompagnement ne peut s’envisager sans un « Plan Formation » volontariste.
Les transferts d’activité, le renforcement et l’identification de nouvelles compétences, la coopération entre professionnels conduisent à une valorisation des métiers de la santé.
C’est dans ce contexte que l’Institut Claudius Regaud (ICR), Centre Régional de lutte contre le cancer de Midi-Pyrénées, agréé de longue date en qualité d’organisme de formation, a pris l’initiative, missionné par sa tutelle, de créer une structure fédérative dédiée. L’ICR a été accompagné dans cette démarche par le Centre de Rééducation des Invalides Civils (CRIC association), l’Hôpital Joseph Ducuing, puis, rejoint par l’Université Paul SABATIER et le Centre Hospitalier Régional. Ainsi a été constitué, en 2010, OncoRésonance° : « Ecole des savoirs et des métiers en cancérologie ».
OncoRésonance° est un fonds de dotation, personne morale de droit privé, à but non lucratif, dont l’objet principal -le service rendu à la personne malade- répond à une mission d’intérêt général.
– Le fonds développe pour le compte de ses membres, des activités spécifiques d’ingénierie dans le champ de l’éducation, de la formation et de l’innovation pédagogique.
– Le fonds développe et anime, en collaboration avec la Mission de Formation continue et d’Apprentissage de l’Université, un observatoire des compétences professionnelles propres à l’hémato-cancérologie et aux technologies médicales connexes. L’analyse des besoins professionnalisants permet d’adapter les corpus pédagogiques aux attentes des personnes formées, dans le but d’améliorer l’employabilité.
– Le fonds conçoit et réalise pour le compte de ses membres ou de tiers, un programme annuel de formations professionnelles et des formations continues tout au long de la vie.

Votre approche visant à structurer la formation toulousaine en cancérologie a notamment été confortée en 2012 par une dotation de l’Etat dans le cadre desInvestissements d’Avenir ; quels types de formation vont pouvoir ainsi être engagés ou renforcés ?

Vous parlez de CAPTOR. CAPTOR (pour Cancer Pharmacology of Toulouse-Oncopole and Region) est un vaste projet de recherche consacré à l’innovation, l’évaluation, la diffusion des médicaments anti-cancéreux ainsi qu’à la formation relative à ces domaines. Le projet CAPTOR porté par l’Université Toulouse III – Paul Sabatier, lauréat des Investissements d’Avenir, est doté d’un financement de 10 millions d’euros sur cinq ans, contracté auprès de l’Agence Nationale de la Recherche. CAPTOR représente l’une des composantes du projet médico-scientifique de l’Oncopole. Il bénéfice de l’ensemble des compétences cancérologiques de l’Université Toulouse III – Paul Sabatier, du CHU de Toulouse, de l’Institut Claudius Regaud, des laboratoires de l’INSERM et du CNRS, ainsi que des
partenaires industriels présents sur le site dont Pierre Fabre Médicament, Sanofi et un réseau de start-up.
L’axe « Enseignement-Formation-Education » de CAPTOR doit répondre aux besoins et nouvelles compétences professionnelles selon 3 axes :
– Formation en sciences biologiques et de l’ingénieur dans la continuité de l’action menée par l ‘Ecole Doctorale de Biologie, Santé et Biotechnologie,
– Formation en recherche clinique,
– Formation aux nouveaux métiers liés à la prise en charge durable des patients au-long de leur parcours de soins (master professionnel ouvert aux personnels soignants et travailleurs
sociaux).

La formation est une des composantes clé du continuum « formation / recherche / soins / industrie » mis en œuvre au sein de l’Oncopole ; comment s’organise ce volet et quelle est son ambition ?

La constitution de l’Oncopole a fait émerger la formation professionnelle et continue comme étant un des maillons d’une stratégie globale de développement et d’excellence. La mission inter-ministerielle vient de formuler la recommandation que l’Institut Universitaire de Cancérologie de Toulouse (IUC-T) soit « le lien de convergence de tous les métiers de la cancérologie tant pour la formation initiale que pour l’enseignement continu ».
L’enseignement et la formation constituent un domaine opérationnel essentiel pour fédérer les différents partenaires autour d’une vision commune du campus et de sa finalité et contribuer au succès de cette organisation systémique ambitieuse et innovante.
Former ensemble pour travailler ensemble est une piste pour fédérer les différents acteurs. Les sciences humaines et sociales apportent un éclairage et des outils indispensables pour comprendre et accompagner les changements engendrés par la ré-organisation de la lutte contre le cancer, et pour approfondir l’élaboration, l’analyse, et l’évaluation des stratégies
mises en place.
Le rôle de l’Université dans tous ces domaines est primordial.

Vous êtes membre du Conseil Scientifique de la Fondation Toulouse Cancer Santé qui soutient l’édition annuelle de « l’École d’été en développement du médicament » (Summer School on Medicines) ; selon vous, quel rôle spécifique les fondations et celle-ci en particuliers auront-elles à jouer à l’avenir en matière de formation ?

Toulouse, est le deuxième pôle universitaire de France. Notre territoire participe à la construction d’une économie du savoir.
L’innovation est un vecteur puissant du devenir des entreprises. Ce phénomène s’observe tout particulièrement dans les secteurs où le développement industriel est basé sur l’intégration technologique. Après une première convergence survenue entre informatique et télécommunications, un nouveau bouleversement technologique est engagé: celui du croisement entre nanotechnologies, biotechnologies et info-technologies (NBI).
Le secteur de la santé constitue un champ opérationnel majeur dans la mise en œuvre de ce « carrefour technologique ».
L’Ecole d’Eté du médicament qui s’adresse à un public de doctorants (chercheurs ou soignants) et de cadres de l’industrie s’applique à décliner les différents aspects pratiques de cette « chaîne de valeurs » au sein de laquelle, techniciens et ingénieurs formés à des disciplines technologiques non médicales sont de plus en plus sollicités.
En participant à la diffusion des savoirs et à la qualification des personnels, la mission d’enseigner et de former contribue au développement économique régional et à la notoriété de l’Oncopole, en tant que dispositif territorial structurant dans le domaine de la lutte contre le cancer.