Portrait de Éric Solary
Membre du Comité Scientifique de la Fondation, il nous parle de sa contribution à la Fondation et des appels aux projets qu’elle lance.
Éric Solary, vous êtes professeur émérite en hématologie à l’université Paris Saclay …. quel est votre rôle au sein de la Fondation Toulouse Cancer Santé ?
J’ai été sollicité par la Fondation pour participer au Comité Scientifique chargé d’évaluer les projets de recherche qui concourent pour obtenir un financement de la Fondation. Ce comité est largement international et il est composé de scientifiques tous extérieurs au site de Toulouse.
Le choix de procéder par appel à projets en s’appuyant sur cette évaluation scientifique indépendante, avait pour vocation de stimuler la structuration du site de recherche en cancérologie de Toulouse. L’idée était aussi de favoriser les interactions entre chercheurs et médecins et de favoriser des projets translationnels avec les nombreux laboratoires présents à Toulouse.
Comment se passe un appel à projet ?
La Fondation écrit et diffuse son appel à projet auprès des chercheurs et de leurs laboratoires. Les membres du comité reçoivent ensuite les projets candidats, les examinent puis se réunissent pour recevoir tous les chercheurs qui exposent oralement leur stratégie. Le Comité identifie collégialement les projets les plus pertinents et communique un classement à la Fondation. Cette sélection est un moment d’échanges scientifiques fécond, certaines discussions pouvant aider des chercheurs à structurer ou à calibrer différemment leurs projets pour améliorer encore leur approche du sujet et préparer lorsque nécessaire une nouvelle version de leur programme de recherche.
Est-ce que la stratégie scientifique de la Fondation a évolué depuis 20 ans ?
C’est effectivement ce qui se passe quand on crée une Fondation comme celle-ci. La stratégie se précise et se consolide au cours du temps à partir de l’expérience accumulée, de l’évolution des ressources disponibles, et des progrès accomplis par les équipes de recherche qui sollicitent son soutien. Les membres du Comité Scientifique ont vu certains axes de recherches s’étoffer au fil du temps du fait de l’évolution des connaissances, de la réorganisation des équipes, de l’acquisition de nouvelles compétences, ou du recrutement de nouveaux chercheurs. Il est arrivé que l’on soutienne des projets construits à partir des résultats de projets soutenus quelques années auparavant. Les projets soumis à la Fondation Toulouse Cancer Santé sont un miroir de l’évolution des équipes et des programmes de recherche sur le cancer dans la région.
20 ans après sa création, comment évaluez-vous les contributions des projets soutenus par la Fondation à cette recherche sur le cancer ?
J’ai évalué les sites CNRS de Toulouse, je fais partie du scientific advisory board du CRCT, je suis aussi Vice-Président de la Fondation Arc… C’est pourquoi je connais bien le paysage de la recherche en cancérologie toulousain. Sans détailler des retombées scientifiques précises, je peux dire que j’ai vu émerger ici au fil du temps des chercheurs très visibles au niveau international. Par exemple au CRCT dans ma spécialité qui est l’hématologie sur les sujets de la leucémie ou du myélome multiple ou encore dans des laboratoires de l’écosystème toulousain comme l’IPBS, des équipes ont générés des contributions scientifiques majeures. Certaines équipes de Toulouse occupent désormais une place très importante dans leur domaine de recherche au niveau national et international. Il me semble aussi que la Fondation Toulouse Cancer Santé a favorisé l’installation d’un dialogue constructif et productif entre médecins et chercheurs. C’est aussi un succès car ce n’est pas toujours facile, on le sait d’expérience.
Quels sont les grands enjeux de cette recherche aujourd’hui ?
En cancérologie, les outils de l’IA vont vraisemblablement modifier le paysage de la recherche sur le cancer. Ils vont permettre d’extraire et de manipuler des quantités inédites d’informations et de données de santé. On devrait enfin observer une bascule de la recherche, aujourd’hui majoritairement dédiée au traitement des cancers installés, vers plus de prévention et de dépistage. Il me semble que cette évolution a été anticipée à Toulouse avec le développement de passerelles entre médecine, sciences mathématiques et technologies de la data pour intégrer cette nouvelle dimension de la recherche en cancérologie qui nécessite le traitement de données massives.
Derrière le traitement des données, l’enjeu est de mieux comprendre les étapes très précoces de la maladie, le rôle des facteurs promoteurs, la définition du risque individuel guidant une prévention et une stratégie de dépistage personnalisés. Il ne s’agit pas de remplacer la recherche de très grande qualité réalisée à Toulouse sur la résistance aux thérapeutiques ciblées et à l’immunothérapie ou l’apport des technologies « omiques » à la stratification et au traitement des cancers installés. La maîtrise des technologies les plus avancées par les équipes de recherche de Toulouse doit lui permettre de continuer à bien se développer.
Comment aimeriez-vous conclure ?
Et bien je voudrais seulement ajouter que c’est aussi un grand plaisir de venir travailler à Toulouse avec les équipes de recherche et la fondation Toulouse Cancer santé où l’on est toujours très bien accueilli, reflétant l’atmosphère constructive qui règne au sein des équipes de recherche sur le cancer du site Toulousain.